samedi 14 août 2010

2e partie : De l'alimentation minoenne au régime crétois


ET LE REGIME CRETOIS ?

D'HIER...

Salade grecque avec pourpier
Qui n'a pas entendu parler du fameux régime crétois et de ses bienfaits pour la santé que l'on met souvent en parallèle avec l'un des plus forts taux d'espérance de vie au monde ? Peut-être les Crétois eux-mêmes ou plutôt ceux qui continuent à suivre un modèle alimentaire et un art de vivre datant de plusieurs millénaires en continuant à se nourrir de ce qui les entoure. 
La nature fournit de jeunes végétaux, des feuilles tendres et des herbes sauvages en abondance qu'il est facile de cueillir puis d'accommoder tout simplement avec un filet d'huile d'olive de sa production. Huile d'olive naturelle et de qualité que les Crétois consomment abondamment à l'exclusion de tout autre matière grasse.
En plaine comme en montagne, on trouve également un nombre incroyable de plantes aux multiples propriétés culinaires ou que l'on utilise en infusion pour leurs vertus médicinales (origan, menthe, sarriette, thym, sauge, dictame...).

Origanum dictamnus - Dictame crétois
Après les averses, les orages, ou dans les zones humides, ou encore dans les champs et plantations irrigués par de longs tuyaux noirs, les Crétois battent les buissons, soulèvent les pierres ou grattent dans les creux et racines des arbres pour y déloger et ramasser les fameux escargots, appelés communément chez nous « les petits gris », aux bienfaits insoupçonnés, une spécialité culinaire de l'île que les gens adorent et préparent à leur façon.

Le climat, des terres riches et la variété des terrains, que ce soit d'ouest en est ou des zones côtières à celles de montagne, permettent des récoltes importantes de fruits cultivés ou sauvages et de légumes que l'on produit également à titre individuel pour ses besoins personnels et que l'on consomme frais ou secs.
A partir des céréales se préparent de nombreuses variétés de pains. On consomme en quantité le pain complet et le « paximadi ». Ce dernier riche en fibres naturelles, se présente sous la forme de tranches épaisses et surtout dures suite à une deuxième cuisson.
Cueilleurs et cultivateurs, les Crétois sont également éleveurs, se nourrissent de fromages de brebis ou de chèvre mais de peu de viande. 
 
Le miel, fort apprécié, apporte également toutes ses qualités, de la douceur, et est utilisé dans la cuisine traditionnelle.
De temps à autres, le poisson complète une alimentation que l'on accompagne régulièrement mais sans excès du vin de son domaine.
Ce régime sain et savoureux prend toute son importance avec l'intense activité physique qui l'entoure et notamment celle de la marche.



... A AUJOURD'HUI

Hélas le fameux régime dont on chante les bienfaits est bien mis à mal ces dernières années. Le stress et la malbouffe ont débarqué en Crète avec la diversification des activités au détriment des moeurs rurales, l'installation de fast-foods et d'enseignes distribuant des aliments plus riches, plus sucrés et plus salés notamment dans les zones touristiques et urbaines. L'arrivée des grandes surfaces a également profondément changé les comportements d'achats au détriment de l'éducation familiale alimentaire.

Ce régime méditerranéen tant vanté qui puisait une grande partie de ses bienfaits dans la consommation importante de fruits et de légumes, l'utilisation exlusive de l'huile d'olive et la faible consommation d'aliments d'origine animale, a alors subi un grand coup.

Les adolescents ont été les premiers touchés par un triste record. En Crète 35% d'entre eux seraient en surpoids ou obèses (sources 2005 : International Obesity Task Force).
D'autres études récentes montrent que les enfants ne sont plus les seuls concernés par les méfaits du changement de mode de vie. Les adultes ne sont pas épargnés et l'on assiste à une recrudescence de l'obésité, des maladies cardio-vasculaires et des cancers, même au plus profond des campagnes.

La consommation excessive d'alcool et de tabac, le changement des habitudes alimentaires et la limitation des exercices physiques due à l'emploi abusif des véhicules, notamment avec l'arrivée des 4x4, en sont les principales causes.
Des constats affligeants, les Crétois auraient-ils perdu leurs repères du bien-être et de l'art de vivre ?


Changements modernes p. 130-131  
« On peut affirmer que depuis quelque cinq mille ans, la vie en Crète n'avait pour ainsi dire pas changé. Du moins en ce qui concerne l'alimentation : les olives, le blé, la vigne et les plantes sauvages nourrissaient déjà les Minoens. Certes les agrumes furent introduits à l'époque romaine, le sucre par les Arabes et plus récemment les tomates, originaires d'Amérique, qui semblent pourtant indissociables de la nourriture méditerranéenne.  Mais aujourd'hui, la plupart des jeunes quittent le monde rural pour aller grossir la population urbaine de la Canée, d'Heraklion ou d'Athènes. (…) Les temps changent.
Comme partout, les habitants des villes abandonnent les traditions de la campagne. A commencer par la nourriture. L'influence du tourisme et de la télévision, la volonté d'être « moderne » font consommer davantage de viande et de fromage, des produits préparés, des pâtisseries, des huiles raffinées importées, voire du beurre plutôt que de l'huile d'olive. Dans les centres urbains, les fast foods fleurissent. On mange moins de pain, moins de légumineuses, de légumes et de fruits. Et les plantes sauvages, bien que toujours vendues sur les marchés, n'intéressent guère les jeunes. Ce changement radical dans le mode de vie a des conséquences importantes sur la santé publique : depuis les études des années 1950, l'état de santé des Crétois s'est fortement dégradé. Les maladies cardio-vasculaires, les taux élevés de cholestérol, le diabète et les cancers ont presque rejoint les niveaux que nous connaissons en Europe occidentale. »



Caractéristiques de l'alimentation crétoise (d'après les p. 124-125 ; 132-133)
Les traits les plus saillants de l'alimentation des Crétois sont les suivants :
. peu de viande et principalement du mouton ou de la chèvre, parfois du poulet ou des oeufs
. peu de laitages : un peu de fromage (souvent avec la salade) et des yaourts, principalement de brebis ou de chèvre, pas de lait
. peu de poisson à la campagne, davantage sur la côte
. pain complet, diverses céréales et des légumineuses comme base énergétique
. plantes sauvages variées, en abondance
. chaque jour une grande variété de légumes et de fruits frais
. de l'ail et de l'oignon
. huile d'olive comme corps gras quasi exclusif – toujours pressée à froid et non raffinée
. comme boisson, de l'eau et un peu de vin rouge sans excès et utilisation régulière de plantes médicinales sous forme de tisane, un peu de café
. peu de sucre, de gâteaux ou de pâtisseries
. aliments frais de saison et d'excellente qualité (exempts de résidus d'engrais et de pesticides)
. cuisine simple mais aliments de textures et de saveurs variées, préparés avec soin
. pas de grignotage entre les 3 repas quotidiens
. une alimentation frugale au quotidien
. et de temps en temps de bons vrais gueuletons bien conviviaux pour varier les plaisirs de la vie
Il serait illusoire de penser qu'à elles seules les plantes sauvages suffisent à expliquer la remarquable condition physique des Crétois. La santé ne peut se réduire à un seul facteur. Elle est liée à un ensemble d'éléments comprenant principalement l'alimentation ainsi que l'environnement social et naturel. (p. 117)


L'environnement social et naturel (p. 129)
Il n'y a certainement pas que les facteurs alimentaires qui influent favorablement sur l'état de santé des Crétois. La vie traditionnelle se déroule dans un cadre sain, paisible et régulier. Elle est rythmée par le travail aux champs et à la maison, qui procure un exercice modéré incluant plusieurs kilomètres par jour de marche à pied. Le temps s'équilibre entre labeur et repos, entre le quotidien et les jours de fête réglés par l'Eglise. Le stress tel que nous le connaissons est absent de la vie.
Lire cette savoureuse anecdote...



En effet, le mode de vie revêt également une grande importance. Relevons-en quelques traits souhaitables : (p.134)
. des repas pris dans le calme, en famille ou entre amis
. une sieste après le repas de la mi-journée
. d'une façon générale pas d'abus de stress, l'un des plus grands maux des temps modernes
. de l'exercice et de la marche, par exemple des cueillettes régulières, le week-end, pour aller à la récolte des plantes
. un contact fréquent et profond avec la nature
Plutôt qu'un régime alimentaire au sens strict du terme, encore moins du dogme, le « régime crétois » est, bien au-delà de la diététique, une façon d'aborder la vie, une philosophie concrète, adaptable à tous quel que soit l'âge ou le lieu. Ce doit être surtout une source quotidienne de plaisir et de bien-être, dont nous pouvons aussi profiter. Sachons savourer la vie. (p. 135)

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